Aborder le sujet du j.àb.t. , c’est se confronter, au pire, à des préjugés par ignorance (jardin de monastère avec des simples, qui soignent, jardin de « fitness douce » pour personnes âgées). Car le jàbt ne peut se réduire à quelque accessoire de gymnastique ou de bac surélevé , non plus qu’ à quelque allée en dur pour prendre l’air, intentions qui n’en resteront de toute façon qu’à ce stade .

Alors, soyons sérieux.Il n’est sans doute nul besoin de réaffirmer le primat de l’effet Nature sur la santé.Mais il faut rappeler que quelques minutes dans un jardin où le végétal choisi et adapté aux différents facteurs feront la joie (parfois toute intérieure) de résidents/patients, y compris dans une unité de soin « mécanique » telle un service chirurgical orthopédique !

Un jardin d'unité post-traumatique en hôpital.

Si le projet du jàbt est pris au sérieux, il y faut une équipe dédiée -et c’est en fait là le véritable challenge- car ce jardin se doit de durer, d’être pérenne pour diffuser son lot de bienfaits: Promenade, coin repos bien exposé, ombre possible, végétalisation en phase avec la sensorialité et l’harmonie des couleurs . Le paysagiste sera le chef d’orchestre d’ une symphonie à tons participatifs. Bien au-delà des mots qui sonnent bien, c’est une volonté de le faire rentrer dans le projet de soin, et ce même par la vue par les fenêtres et baies lors de jours froids ou pluvieux.(Lire les relations scientifiques de Roger Ulrich, génial architecte de centres de soin américano-suédois.)

S’organiser pour un tel défi, c’est remotiver les troupes: Les soignants à tout niveau , une direction partante, un service technique participant à son échelle à la maintenance, les familles et aidants heureux de donner leur écot de temps dans cet espace (ateliers jardinage, entretien sporadique, moments conviviaux, goûters…), les animatrices dévouées et rivalisant d’ingéniosité bienveillante, et, parfois, la cuisine de l’établissement elle-même dans ses professionnels du goût concoctant un repas aux comestibles frais produits et récoltés par les résidents…Et figurez-vous que cela existe, on en a rencontrés !

Cessons d’être timorés et de feindre de croire que cela est impossible dans la structure, l’immobilisme étant la meilleure manière de se cantonner à la fatalité de la maladie et autres alibis hygiénistes assez, disons-le, suspects.Car toutes les fragilités ne cachent pas l’immuno-dépression.

L’écueil du budget, alibi du non-faire.

En aucun cas, et je pèse les mots, le coût d’un tel projet , d’une terrasse béton à un jardin pleine terre n’est un obstacle insurmontable. La quasi totalité des projets jàbt en France ne sont pas financés par la seule structure. On connaît la situation du soin en France. En revanche, les sources de financement sont nombreuses, diverses et au-delà de quelques centaines d’euros. L’A.R.S, les caisses de retraite, les mutuelles, les Rotary ou Lyons clubs, la banque locale de l’établissement, le CCAS local, quelques dons de particuliers et j’en passe sont demandeurs de tels projets verts , porteurs de sens et de santé et exploités par les psycho-motriciens, ergothérapeutes, intervenants en thérapie douces et NON-Médicamenteuses, animatrices de Pasa etc tout au long de l’année. Il faut un projet participatif argumenté, dessiné , complet sans être volumineux et une bonne dose d’engagement surtout de l’équipe soignante qui y trouvera aussi son compte, parce qu’être au jardin avec les patients/résidents, c’est aussi en être heureux et ce n’est pas le moindre des bienfaits engendrés par un tel espace. Le reste se fait presque naturellement en peu de temps.

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Le jàbt accueille la flore, mais aussi la petite faune avec les oiseaux attirés par la biodiversité, les arbres, les nichoirs, le chat de l’établissement, le lapin câliné, les poules qui créent une animation gratuite à tout instant…et les insectes qui ont bien autre chose à faire qu’aller piquer ou s’intéresser aux humains présents au jardin.

Si ces quelques mots peuvent susciter une intention de projet chez l’un-e de vous, c’est gagné, et d’abord pour le bien suprême des résidents/patients.Il faut 3 ou 4 personnes motivées (dans le temps, j’insiste, car l’engagement est gage de réussite à coup sûr) et intéresser le décideur et le(s) service(s). Chercher le paysagiste deviendra le plaisir pour faire avancer le dossier. Et ce dossier, ne l’oublions pas, c’est un jardin qui peut changer la vie ordinaire de l’établissement.Ceux qui ont osé l’aventure en témoignent.

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